La Douzième île


La Douzième île, d’Eric Durnez.

Cie Aux Dires d’Ascalie. Théâtre de Ménilmontant & Ecole Militaire.

Avec Laurence Clauzel, Pierre-Yves Ducarre, Sophie Favre, Dominique Martin, Stanislas Marchand, Karine Morcet, Annick Tartreau et Camille Vielhescaze.

Vous trouverez en bas de page, ma note d’intention, des extraits et le résumé de l’histoire. Voir aussi la critique de Pierre Vielhescaze dans la rubrique « On en parle » !

EXTRAIT VIDÉO 

LA DOUZIÈME ÎLE, d’Eric Durnez, mise en scène de Caroline Alaoui. https://www.youtube.com/watch?v=foMVqqzXMS4

 

 NOTE D’INTENTION

          Ce qui m’a d’abord frappée dans cette pièce c’est la dichotomie entre deux  personnages : Léda qui véhicule clairement l’horreur de l’eugénisme – un thème rarement évoqué dans la société et a fortiori au théâtre – et Madame, personnage apparemment sympathique dont le projet utopique  s’avère tout aussi effrayant, un eugénisme positif au bout du compte. La Douzième île interroge sur les extrémismes de tous bords sans que ce soit ostentatoire ni pesant.

L’auteur nous présente des personnages à vif qui font des choix  engageant leur vie, sans se départir d’une certaine légèreté. Tout craque, à l’image du monde, et la mort plane mais on y voit aussi lutter des personnages emplis de vie. Eric Durnez a laissé la place au rire et j’ai à cœur de garder et de développer cette légèreté, cette vie au milieu du tumulte.

Cette île est un univers à part entière, où les communications avec le reste du monde sont difficiles – tout comme la communication entre les personnages – qui cristallise les tensions, les passions. On y découvre la nature humaine dans toute sa complexité animale.

Qui plus est, l’action de la pièce met en valeur ce lieu comme celui dont on essaie de partir, où l’on arrive mais où l’on ne reste pas, ou encore dont on ne part plus jamais…

Deux lieux y sont représentés : l’Asile, un ancien bagne sous le contrôle totalitariste de la directrice, et l’Extérieur, qui reste de fait une prison, où les personnages vivent ou survivent.

La scène sera donc séparée en deux espaces principaux, co-existants en parallèle. L’espace-Asile, que les occupants sont sur le point de quitter, sera représenté par des malles et des cartons, et l’espace-Extérieur sera principalement suggéré par des bruitages mais également par un campement sommaire et une étonnante radio installés par les nouveaux habitants.

          Cette Douzième île n’est pas exempte de mystère et d’onirisme. Les secrets y sont pesants, les apparences trompeuses et Tilda – dont on ignore l’origine – se demande à la toute fin « Est-ce que j’ai rêvé ? », telle le Puck de Shakespeare…

On y rode, on s’y cache, on fuit, on cherche ; la scénographie reprendra cette vie parallèle par un jeu d’ombres et de bruitages. Elle fera clairement écho aux années 30, mais des anachronismes souligneront la pérennité des drames évoqués.

          Je vois dans La douzième île une pièce politique qui pose en filigrane, entre autre, la question du silence face aux exactions : le silence de Tiago, l’homme d’Eglise, celui d’Anja qui semble ne pas vouloir voir, celui des familles des « patients » qui se débarrassent ainsi de « fardeaux »…

« Un rêve, pas un rêve ? Quelle importance » sont les derniers mots de la pièce : ils résonnent étrangement, comme une dernière tentative d’oubli, mais pousseront, je l’espère, le spectateur à s’interroger sur ces non-dits. 

RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE

« Ce que je vous dit là, personne ne l’a jamais entendu. »

C’est l’histoire d’une Île.

C’est l’histoire d’un asile.

C’est l’histoire de l’inquiétante utopie de la richissime Madame.

L’histoire des démons de Tiago, l’aumônier, et de la noirceur de Leda, la directrice tortionnaire.

L’histoire  du sage Leonov, le fou en cavale, et celle de la sensible Anja, l’artiste solitaire.

C’est l’histoire de la déterminée Tilda, l’enfant de l’Ile, et du candide Van Trof.

L’histoire d’une enquête menée par l’étrange Savalik… 

« C’est l’île qui s’agite ». On y débarque, on y rode, on s’y cache, on fuit, on cherche…on survit.

 « – Vous êtes vivant ?

– Non.

– Néanmoins vous parlez.

– Une ruse. »

D’autres informations sur le site de la Cie Aux Dires d’Ascalie : www.auxdiresdascalie.com

Crédits : Le texte de la pièce est paru aux Editions Lansman. La captation a été réalisée par Mickaël Defrise (Ecole Militaire), le montage par Adeline Margueron et Pierre-Yves Ducarre. Affiche et photos de Pierre-Yves Ducarre et Caroline Alaoui